D’abord une mise au point honnête, parce qu’elle change tout le débat : le hadith que l’on cite le plus souvent contre les échecs ne parle pas des échecs. Il concerne le nard — le backgammon, un jeu de dés : « Celui qui joue au nardashîr, c’est comme s’il trempait sa main dans la chair et le sang du porc » (Mouslim). Les échecs ne sont nommés dans aucun hadith authentique. Les propos rapportés à leur sujet remontent surtout à des compagnons et à des savants postérieurs, et leur chaîne de transmission est discutée.

De là, une vraie divergence entre les écoles. Une partie des savants les a interdits ou fortement déconseillés, par analogie avec le nard et pour une raison très concrète : à l’époque comme aujourd’hui, ces jeux s’accompagnaient de paris et faisaient manquer la prière. L’école chaféite est la plus souple : elle les tolère lorsqu’ils sont libres de tout pari, tout en les qualifiant de déconseillés. Les savants contemporains qui les autorisent s’appuient sur le fait que les échecs sont un jeu de pure réflexion, sans hasard, sans dés — la différence de nature exacte avec le nard.

En pratique, tous ceux qui autorisent posent les trois mêmes conditions, et elles sont éclairantes : aucun argent misé, sans quoi ce n’est plus un jeu mais un pari ; aucune prière manquée ni retardée ; aucun propos blessant ni rancune entre joueurs. Ajoute une quatrième règle de bon sens, valable pour n’importe quel loisir : si le jeu prend tes nuits et ton travail, le problème n’est plus sa nature, c’est sa place dans ta vie. Pour une décision ferme adaptée à ta situation, réfère-toi à un savant de confiance.